Kannagi a facilement appâté de nombreux otaques par le biais du générique précité : une chanson entraînante, une danse diablement bien animée et des dessins supportables bien que pas fabuleux, en dehors des séquences de danse de Nagi. Sauf que pour toute personne n'ayant pas lu la version manga ni cherché des informations bancales sur un wiki, ce générique joue un tour en détachant le décor du reste de la composition générale, car l'histoire de Kannagi ne se déroule pas dans l'univers des idoles japonaises (bien que de rares allusions y soient faites dans quelques épisodes) ; par contre, les caractères des personnages esquissés dans ledit générique, ainsi que leurs relations les uns vis à vis des autres, sont en phase avec la série. On pourrait donc remplacer ce décor par celui du Tour de France ou du Parti Socialiste et retomber tout de même sur nos pattes. C'est un exercice amusant pour ceux qui le concoivent, mais quand on ne s'y attend pas et que l'on découvre ensuite le pied de nez, cela peut raviver des blessures anciennes comme celle de la déception suite à l'attente provoquée par le début tonitruant de Tengen Toppa Gurren Lagann, attente qui n'a pas été satisfaite au final. Mais bon. Soyons indulgents, nouvelle année, bon esprit. Exercice amusant. Les génériques, ce n'est pas tout. Il y a des trucs de vingt minutes entre.

"Des trucs", c'est bien comme cela que l'on peut décrire l'histoire de Kannagi. Pendant treize épisodes, nous voyons la vie d'une déesse, Nagi, qui s'incarne dans une jeune fille casse-pied et qui s'incruste dans la vie quotidienne d'un garçon, Jin, et de son entourage. Voilà pour le statut au début de l'aventure, statut qui ne bougera pas durant toute la série, hormis pour faire un pas en avant suivi de deux en arrière : on n'apprendra rien de plus et une fois tous les personnages présentés, ceux-ci n'évoluent presque plus. Le groupe accompagnant Nagi se retrouve dans différentes situations à chaque épisode et chacun réagit selon son rôle. Cela pourrait donc avoir le goût de la comédie style tranche de vie, mais il y a aussi parfois des éléments de mystère qui laissent supposer une trame scénaristique, même s'ils sont présentés maladroitement (trop de blabla ou trop de brusquerie). Ok, alors comédie fanstatique tranche de vie un peu bancale ? Ce serait oublier les derniers épisodes, qui plongent dans une ambiance lourde et dramatique, tranchant beaucoup avec d'autres épisodes au ton léger où l'on ne prenait rien au pied de la lettre. Bon, comédie fantastique tranche de vie pseudo-dramatique très bancale... Non, il n'y a pas vraiment d'étiquettes qui collent à Kannagi ; mais là où cette constatation peut se révéler être une force pour d'autres  séries, revendiquant ainsi leur originalité, pour Kannagi cela se transforme en faiblesse, car il n'y a vraiment rien qui unit tous ces genres, excepté Nagi et sa bande. On s'aperçoit bien que cette série repose plus sur ses personnages que sur son histoire, qui n'est qu'un dérivé de ces derniers, et ce procédé fonctionne bien mieux lorsque l'on ne change pas de ton d'un épisode à un autre. A trop vouloir en faire, Kannagi se prend les pieds dans le tapis !

Pour rester dans le thème du bancal, les dessins aiment également jouer les équilibristes en ce qui concerne la qualité. Nagi peut se vanter d'avoir presque toujours de chouettes apparitions, mais pour d'autres personnages le traitement n'est pas le même (je pense notamment à Daitetsu, qui est une horreur tellement ses proportions et son visage se modifient mal selon les plans, et mention aussi pour le professeur ). C'est d'autant plus marquant pour une série de treize épisodes qui laissait préfigurer des dessins de qualité tout du long. De manière générale, les dessins des personnages dans Kannagi m'ont souvent paru avoir un tracé trop mince et/ou effacé et les décors ne m'ont pas attiré l'attention (ce qui prouve au moins qu'ils ne sont pas mauvais), probablement parce que l'action se déroule dans des lieux stéréotypés pour un anime (ville et lycée japonais). On notera également le design peu inspiré du personnage masculin principal, Jin, qui est si peu marquant que l'on note plus les pansements portés par ce garçon de temps à autre que le visage sur lequel ils sont posés (peut-être une référence à l'homme invisible et ses bandages, qui sait). Pour rattraper un peu tout cela, de nombreuses expressions faciales et poses comiques sont parsemées de temps à autre, et il faut bien admettre qu'elles font souvent mouche. Accordons donc le point pour la réalisation technique, même si le pied a franchi la ligne (indulgence, nouvelle année, etc.). Pour continuer sur les bons points de Kannagi, on note dans la plupart des épisodes de nombreuses références à la culture otaque, que ce soit des clins d'oeil à d'autres anime ou des transpositions de l'univers des fans. C'est toujours amusant à constater et tant que ce n'est pas trop mal fait, on ne va pas cracher dans la soupe tiède. Par contre, je ne cautionne pas les blagues graveleuses couplée à la fausse pudibonderie, qui sont les moteurs de beaucoup de scènes humoristiques : ce n'est pas ma tasse de thé, non monsieur.

Finalement, que peut-on retenir de Kannagi : Crazy Shrine Maidens ? Une chanson qui trotte dans la tête, de la confusion pour savoir par quel bout prendre cette série, des moments de rigolade, un peu d'ennui et c'est fini (qui a dit "Haruhi, lol" ?). Pas assez pour retenir ni assez pour regretter, Kannagi n'aura pas su trouver chaussure à son pied.