Je tiens, dès le début, à mettre les choses au clair : j'adore les personnages d'Hidamari Sketch, les mimiques de Yuno me font fondre, Miyako is mai waifu, je regarde les génériques d'ouverture dès que j'ai un coup de blues et je consulte un psy après chaque épisode visionné pour qu'il me rappelle que je suis censé être un mâle viril prêt à partir d'un instant à l'autre en guerre pour défendre des causes importantes, comme le droit de prendre deux douches par jour. Mais cela ne va pas m'empêcher de devoir chercher la petite bête sur certains points, d'autant que mon fol amour se fiche bien des considérations mesquines que je peux trouver.

Hidamari Sketch, donc, est une série du type tranche de vie qui raconte le quotidien de quatre jeunes filles logeant dans les appartements Hidamari et étudiant dans la même école d'art, en se focalisant principalement sur le personnage de Yuno, petite, timide et maladroite (prête pour la guerre, en somme). Elle est accompagnée de Miyako, voisine turbulente et enjouée, d'Hiro, l'attentionnée complexée, et de Sae, la fille claaasse sous tous rapports. Des caractères différents, réunis sous un même toit, le tout assaisonné de bonne humeur : c'est la recette reconnue mais efficace d'Hidamari Sketch. On suit donc les péripéties de ces quatre étudiantes à un rythme journalier (mais non chronologique), chaque petit événement pouvant se transformer en aventure selon les extravagances de chaque protagoniste.

This is the rhythm of the day

En parlant de rythme, et surtout pour mieux l'expliquer, il convient de rappeler qu'à la base, Hidamari Sketch est un yonkoma, c'est-à-dire un manga humoristique découpé en scénettes de quatre cases. On peut déjà noter que le yonkoma est une forme bien adaptée pour le style tranche de vie, qu'il existe déjà quelques adaptations célèbres de yonkomas en version animée comme Azumanga Daioh ou Lucky Star, et que toutes ces séries animées, avec Hidamari Sketch, partagent un point commun : un rythme terriblement LENT. Cette lenteur est d'autant plus marquante pour une personne qui connait le matériau de base, le yonkoma, ce dernier ne pouvant se permettre de perdre du temps, à cause de son format en quatre cases, et devant avoir un enchaînement rapide pour ses gags. Mais c'est justement la principale difficulté d'une adaptation en épisodes de vingt minutes : faut-il concentrer le maximum de scénettes possibles dans chaque épisode, ou bien faire un travail de remplissage autour desdites scénettes ? Dans le cas d'Hidamari Sketch, une seconde difficulté vient du fait que le manga est découpé en chapitres qui constituent chacun une journée/un événement de la vie des personnages et qui sont composés en général de quinze yonkomas. Probablement pour garder une cohérence avec le manga, la version animée focalise également chaque épisode sur une journée des filles, comme dit précédemment. Vous voyez le problème ? Quinze gags pour chaque épisode : même si cela peut sembler à première vue correct, une fois posés sur l'échelle de temps d'un épisode de vingt minutes, on se rend compte qu'il va falloir se retrousser les manches et préparer pas mal de béton pour boucher les trous.

Le studio d'animation Shaft, en charge de l'adaptation d'Hidamari Sketch, a eu la contribution de l'auteur du manga originel, Ume Aoki, pour remplir les à-côtés de ces histoires. Qui mieux que la créatrice de Yuno et cie pouvait donner vie à ses personnages ? Bien chanceux celui qui pourrait répondre sans hésitation à cette question, tant le résultat est mitigé lors de la première saison. En effet, pour combler les manques du scénario, le choix s'est porté -entre autres- sur une forte forte forte (j'insiste) emphase sur le caractère du personnage principal, Yuno. Celle-ci se transforme, dans le passage du yonkoma vers le dessin-animé, en l'allégorie ambulante du "mignon", à tel point que tous les dictionnaires du monde vont bientôt devoir ajouter "Yuno" comme synonyme à cet adjectif. D'une expression implicite de ce caractère dans le yonkoma, on est arrivé à une exposition explicite à chaque seconde du dessin-animé. Chaque geste de Yuno, même le plus banal, est prétexte à des exagérations pour la rendre mignonne, les personnages autour d'elle ne cesse de lui rappeler combien elle est mignonne, bref si l'on retient bien une chose après chaque épisode d'Hidamari Sketch, c'est que Yuno peut être une arme de destruction massive. Alors on peut être plus ou moins sensible à cet aspect, avoir une réaction épidermique ou une crise cardiaque, être rebuté ou adorer ; mais il est clair que Shaft, par ce parti pris, ne vous laisse pas le choix : votre virilité va en prendre un coup si vous suivez cette série. Pour continuer sur le sujet du remplissage scénaristique, et plus précisément sur les réserves que j'exprimais plus haut, les séquences ajoutées peuvent aller de la discussion douloureusement ennuyeuse à des passages où le studio Shaft se déchaîne au niveau animation. Tout n'est donc pas à jeter, loin de là (et puis si Miyako, le joker de la série, est impliquée dans une scène, cette dernière devient forcément culte). On peut aussi noter que dans la seconde saison (Hidamari Sketchx365), certains épisodes contiennent deux journées, évitant ainsi de retomber dans le piège d'une histoire trop courte qu'il faudrait rallonger à outrance. D'ailleurs, d'une manière générale, cette seconde saison est un peu mieux maîtrisée au niveau du rythme et l'on sent bien que le studio Shaft a tiré des enseignements de son expérience passée (et j'ai l'impression d'avoir un coeur de pierre pour m'être autant plaint dans ces deux derniers paragraphes).

Quatre filles pleines d'avenir

Ce problème de rythme mis à part, on ne peut que reconnaître le potentiel humoristique de la série. Les caractères bien différents des personnages aident à créer des quiproquos et des chamailleries, et l'on attend toujours de voir, à chaque nouvelle scène, soit la maladresse de Yuno, la spontanéité de Miyako, le désespoir d'Hiro ou la sagesse de Sae. Les duos comiques se forment et reforment sans réelle surprise mais toujours avec bonheur : les ingrédients d'une bonne série humoristique sont très bien implantés et le client repart toujours satisfait, ayant obtenu ce qu'il attendait des personnages. Petite remarque, cependant : on n'échappe pas aux blagues basées sur des jeux de mots japonais généralement intranscriptibles dans notre langue ; frustrant mais assez inévitable, hélas. On voit donc les quatre filles étudier à l'école, discuter dans leurs appartements, faire les courses, aller au karaoké ou aux bains publics : toute la panoplie des lieux communs d'une ville japonaise fantasmée (aussi bien par les occidentaux que par les Japonais eux-mêmes) est utilisée et ce n'est certes pas très original mais c'est ©tranchedevie, on est prévenu. Ce genre est voué à ne trouver son salut que dans l'efficacité des relations inter-personnages et/ou dans des coups d'éclat de mise en scène (ou encore dans sa mise à mort, diront ses détracteurs), et sur ces deux points je juge qu'Hidamari Sketch remplit bien son rôle.


Côté dessins, la série s'est vite démarquée du reste par le style déformé des personnages lors des scènes comiques : une tête énooorme et surtout laaaaarge sur un petit corps, forcément, ça ne passe pas inaperçu. Ce style super déformé à la sauce Hidamari a donné la patte graphique de la série (la rendant ainsi de suite identifiable), plus que les dessins "normaux" des personnages qui restent dans les standards actuels des dessins-animés japonais. Les décors sont basiques, au détail près que certains objets qui les composent sont parfois des photographies à la place de dessins ; rien de transcendant dans cela, mais c'est une des petites particularités qui composent la personnalité d'une série. Et, comme de coutume, le studio Shaft nous offre quelques scènes aussi éblouissantes, graphiquement parlant, que gratuites et des génériques excellents : je retiens surtout les openings, que ce soit  "Sketch Switch" ou "Hatena de Wasshoi", qui donnent envie de sautiller sur place bêtement (s'il est donné de pouvoir sauter sur place intelligemment) ; un concentré de bonheur généreux, résumant parfaitement l'esprit de la série.

Hidamari Sketch est donc un des piliers du temple dédié à la tranche de vie qui vous fera sourire ou grincer des dents, mais qui force néanmoins le respect (ou la crainte) pour sa maîtrise implacable du triplet "Mignonnes Minettes Marrantes". Je n'attends maintenant plus qu'une chose : que l'excellente version manga soit publiée un jour en France (tout est possible) et qu'elle soit remboursée par la sécu en tant qu'anti-dépresseur (tout est poss... oui, bon) !