L'histoire de Maria†Holic débute lorsque Kanako Miyamae arrive à l'école catholique pour filles où feu sa mère et son père s'étaient rencontrés. Mais dès le premier jour, elle va croiser le chemin de Mariya Shidō, petite-fille de la précédente directrice de l'école et idole de toutes les élèves ; une superbe fille apparemment parfaite, hormis... que c'est un garçon travesti, secret que va vite découvrir Kanako. Ceci sera le déclencheur de nombreux problèmes pour elle...

La bête et le beau

Ah, l'adorable Kanako. Kanako est tout à fait normale. A l'exception du fait qu'elle est plus grande que la moyenne des filles de son âge, lui attirant depuis des années des surnoms et des blagues de la part de ses camarades de classe et lui donnant le rôle du vilain petit canard ; mais avec son arrivée dans cette nouvelle école, elle espère bien prendre un nouveau départ, triomphant, de préférence. Oh, et un autre problème se pose : elle est allergique aux hommes et si une personne du sexe opposé la touche, crise d'urticaire et spasmes s'ensuivent. Kanako est fragile. Il faut aussi noter qu'elle est une lesbienne ascendante obsédée sexuelle, à tel point que la simple vue d'une jolie fille emballe son imagination fertile qui crée rapidement mille et un fantasmes et finit irrémédiablement par lui provoquer des saignements de nez importants lorsqu'elle est au comble de l'excitation.  Le fait d'entrer dans une école uniquement pour filles ne va pas aider Kanako à mieux se contenir, mais elle y va dans le but de trouver son âme soeur. Ou même plusieurs âmes. Ou juste pour mater, au pire. Kanako est désespérante. Et elle est bête, volontairement bête et tout à fait lucide sur ce point. Elle se laisse délibérément entraîner par ses pulsions plutôt que par la logique, qu'elle met sans problème au placard, et se retrouve ainsi souvent débordée par celles-ci, la plaçant dans de nombreuses situations inconvenantes. Du coup, savoir se tenir en société est une notion étrangère à Kanako lorsque des éléments féminins entrent en jeu. Sans compter qu'elle n'arrête pas de monologuer à outrance à propos du moindre événement, se questionnant de manière constante mais surtout stupide. Kanako est une tête à claques.

De l'autre côté, Mariya va jouer le contrepoids de l'héroïne. Si Kanako est une victime passive, Mariya penche plutôt pour sa part du côté du bourreau sadique. Ne pouvant laisser son secret être dévoilé par Kanako l'étourdie, il va la menacer, la harceler, la rabaisser, en somme faire de sa vie un enfer. Mariya cerne vite la personnalité de Kanako (bien qu'il ne réussira jamais à s'habituer complètement à sa bêtise) grâce à sa perspicacité et son intelligence ; d'ailleurs, il y a bien peu de qualités qu'il ne possède pas déjà, semblant doué pour tout. De ce génie, il en tire une grande vanité -s'admirant constamment, recherchant l'attention des autres- et un cynisme cinglant qu'il doit cependant cacher aux yeux de tous lorsqu'il prend l'apparence de Mariya la jeune étudiante. Et c'est là que Kanako entre en scène : elle devient le parfait défouloir pour lui car elle connait sa véritable identité, car elle est sous son emprise et car elle semble prédisposée à être martyrisée. Pour l'aider, Mariya est toujours suivie par Matsurika, une jeune servante froide, à la langue de vipère et qui l'épaule volontiers dès qu'il faut maltraiter Kanako. Et cette dernière en redemande presque, tiraillée entre son malheur et le plaisir qu'elle tire d'être malmenée par deux (ok, disons une et demie) filles ravissantes. Heureusement, Kanako va aussi rencontrer d'autres personnes plus bienveillantes parmi ses camarades de classe, sans pour autant que cela lui évite de nouvelles embrouilles.

Si j'ai pris la peine de décrire ces personnages de Maria†Holic, c'est parce qu'ils sont au centre de la série, mais aussi parce qu'il faut mettre au clair dès le départ certains points. Kanako est le personnage principal que l'on suit tout du long, partageant ses pensées et fantasmes, (très) nombreux à chaque épisode. Quant à Mariya, il vient apporter, en plus de sa relation comico-sadique avec Kanako, une légère trame scénaristique à l'histoire (quelles sont ses motivations et ses liens avec l'école ?), permettant de ne pas trop donner l'impression de stagner. Mais ne vous y trompez pas : Maria†Holic reste centrée sur Kanako, même si celle-ci ne propose que peu d'éléments pour faire progresser le scénario. Il n'est ainsi pas rare d'avoir certains épisodes où Mariya n'apparaît presque pas, relégué au second plan. Il est vrai que l'on peut être facilement trompé par toutes les images mettant toujours en avant Mariya, mais il est en réalité un cas rare de double trap (ou piège à deux étages, ou trapus dantoncus), bernant à la fois les autres personnages et les futurs spectateurs. Non, Maria†Holic ne pourrait pas être renommée Un travesti chez les bonnes soeurs, mais plutôt Les malheurs de Kanako. Malgré cette constatation, la série ne perd aucunement de son (gros) sel.

Soeur, yes soeur !

Maria†Holic est une comédie (je me rends compte que je ne précise cela que maintenant, si vous pensiez que c'était un drame intimiste après avoir lu les paragraphes ci-dessus, désolé) qui tourne donc principalement autour du personnage de Kanako. Celle-ci est souvent montrée sous l'apparence d'une victime : victime de ses maladresses, victime des tortures et manipulations de Mariya et Matsurika, victime de son destin. Pourtant, on ne réussit pas vraiment à s'apitoyer sur Kanako, car elle possède également un côté comique puisant son origine dans ses fantasmes compulsifs. Ces derniers sont tellement récurrents et saugrenus qu'ils tournent Kanako en obsédée sexuelle insupportable au pire, folle au mieux ; ils deviennent ainsi l'un des moteurs principaux de l'humour de Maria†Holic. Embarquée dans sa frénésie de plaisir, Kanako imagine des histoires amoureuses ridicules avec ses camarades de classe, les voit costumées selon ses inspirations tordues du moment, bref, par son idiote insatiabilité, elle rend comique ces fantasmes sexuels. Mais ceux-ci tirent aussi leur humour de leur traitement graphique, empruntant par exemple des styles de dessin propre à d'autres genres de série ou à des auteurs spécifiques (comme par exemple, totalement au hasard, des dessins imitants Clamp) qui font office de clins d'oeil amusés. C'est d'ailleurs souvent Kanako qui se retrouve ainsi transformée, le temps d'une joyeuse hallucination. Ces changements d'ordre graphique s'étendent aussi en dehors des fantasmes, pour marquer des réactions de façon comique (je vous ai dit que c'était une comédie ?) ; et à ce petit jeu, c'est une fois de plus Kanako qui tire son épingle avec, à chaque épisode, un large panel d'expressions. Le studio Shaft s'en est donné à coeur joie pour varier les styles et les techniques et pour offrir à son héroïne un visage aux formes multiples. C'est pour moi l'un des points importants de toute comédie déjantée, où les réactions des personnages composent une bonne partie de l'humour : ici, Shaft n'invente pas l'eau chaude (surprise, horreur, ravissement, incompréhension... tous les types de réactions que l'on peut par exemple avoir en n'ouvrant sa boîte aux lettres qu'au bout d'un mois) mais y met beaucoup de talent au niveau de la forme pour éviter la douche froide.

Un autre point de l'humour de Maria†Holic est immanquablement son côté répétitif. Avec un scénario aussi élaboré que "c'est l'histoire d'une lesbienne folle dans une école catholique pour filles et y a aussi un travesti et oh et puis c'est tout j'ai assez bossé pour ce soir je vais plutôt aller manger de la baleine", on est en droit de s'attendre à voir une trame qui fait du surplace et les mêmes blagues ressassées. Et c'est en effet en partie le cas, du moins si l'on se tient fermement au fond de la série, comme un serment de ne jamais être frivole avec les comédies (car, au cas où vous n'en auriez pas été informé, Maria†Holic est une comédie), et que l'on constate que Kanako passe le plus clair de son temps à fantasmer et saigner du nez, quand elle n'est pas maltraitée. Mais ce serait alors occulter la forme ou lui donner un rôle ingrat, alors que celle-ci est excessivement mise en avant à travers les différents styles graphiques et les petites morceaux de malice disséminés le temps d'un court plan. J'irai même jusqu'à dire que c'est devenu l'une des marques de fabrique du studio Shaft et qu'avec Maria†Holic, on est une nouvelle fois comblé. Rappelons d'autant plus "qu'il existe deux types de comique : le comique de répétition et le comique de répétition" pour enfoncer le clou assez fort et retourner en conséquence cette faiblesse en force, cet inconvénient théorique en avantage pratique : c'est en utilisant comme base la répétition d'une situation que Maria†Holic trouve sa diversité et par là-même une partie de son humour. Si l'on s'attend ainsi toujours à voir Kanako saigner du nez tôt ou tard, il est impossible de deviner à quelle sauce cette séquence sera cuisinée. En tant qu'amateur de formes - tout en étant également coureur de fond - je n'ai trouvé que satisfaction à ce sujet dans Maria†Holic, et le vilipendage systématique de cet aspect de la série par une bonne partie des critiques du net m'a paru exagéré, comme s'il n'y avait point de salut à jouer avec l'effet de répétition ; mais il faut croire que cet animé, tout comme son héroïne, est voué à être maltraité.

Donkey gone to heaven

Pour accompagner Kanako sur son chemin de croix (tout en n'oubliant pas de balancer eux-mêmes quelques cailloux), une petite galerie de personnages se forme : Mariya et Matsurika en tête, dont les sarcasmes composent l'un des charmes de la série ; Sachi, Yuzuru et Kiri, les camarades de classe qui ne comprennent pas les délires de Kanako et qui la tiennent pour simple d'esprit ; Ryūken, la fille adulée par toutes pour ses traits masculins et qui va participer au malheur de Kanako ; Dieu, la bizarre petite directrice du dortoir de l'école, au règlement strict et farfelu, qui ne manquera pas de malmener l'héroïne ; Kanae, le prêtre qui partage beaucoup de points communs avec Kanako... Tous contribuent plus ou moins volontairement aux problèmes du personnage principal, qui semble attirer ces derniers comme un aimant. Mais, pour en revenir à un point précédemment établi, on ne peut pas plaindre Kanako sur ses misères : ses longues lamentations finissent toujours sur une note bouffonne qui amène le rire de moquerie plutôt que les larmes de compassion. A n'en pas douter, Maria†Holic propose un spectacle sadique où les malheurs infligés à l'héroïne permettent de tolérer son caractère agaçant ; on sait ainsi que tout débordement de Kanako est aussitôt puni, et voir celle-ci finir par accepter docilement cette logique ne fait qu'empirer encore plus les châtiments. Il y en a pour tout le monde dans cette série : les pervers pourront voir Kanako comme leur alter ego et les prudes seront ravis que les dépravations soient punies !

En vrac, ce que l'on peut dire de plus sur Maria†Holic : la réalisation est typique des derniers animés du studio Shaft, avec des dessins soignés et une animation qui se contente du strict nécessaire la majeure partie du temps (avec par exemple les fameux glissements de plan des pieds à la tête d'un personnage, qui font que les séries de Shaft sont ironiquement catégorisées dans les slideshow au lieu d'anime show) ; les épisodes se concluent souvent par un cliffhanger qui sera résolu de façon rapide et absurde à l'épisode suivant - absurde est d'ailleurs le mot qualifiant le mieux l'univers de la série, qui ne justifie pas ses incohérences malgré les remarques et reproches faits par Kanako ; les génériques sont plaisants (bien que je laisse cette appréciation au goût de chacun) : d'un côté, Kanako chante dans HANAJI  ses malheurs avec Mariya, sur une musique entraînante et des dessins mélangeant techniques traditionnelles et 3d grossière ; de l'autre côté, le générique de fin Kimi Ni, Mune Kyun qui se déroule comme un jeu vidéo en 2d, avec les gros pixels, les bonus stage et des références à divers types de jeu, mais avec aussi des petites variations d'un épisode à un autre ; après ces génériques, il faut également noter que les bandes-annonces sur les épisodes suivants ne racontent et ne montrent rien d'utile à l'histoire, pour rester dans le ton absurde de la série ; les voix sont excellentes et contribuent à la saveur des dialogues, de la voix plaintive et effrénée de Kanako à celle mielleuse ou rude de Mariya en passant par l'impassibilité de Matsurika, sans oublier la mignonne voix sévère de Dieu ou celle en manque d'assurance du prêtre Kanae ; enfin, le catholicisme n'est ici employé que comme outil de plus pour l'absurde univers de la série qui s'amuse à défier toutes lois et cohérences, ainsi que comme source d'inspiration pour les divers délires kanakesques (les vitraux des églises, les anges, la Vierge Marie).

Au final, si Maria†Holic ne casse pas la troisième patte d'un travesti, elle n'en reste pas moins amusante à suivre : à cause des peines de Kanako, à cause des tortures de Mariya, à cause du plaisir que l'on tire de cette simple combinaison. Joliment et astucieusement enrobée, cette série ne vous tiendra pas la dragée haute à base de coups bas et vous offrira tout au plus une réflexion sur la gravité du combat incessant entre la légèreté et la gravité, pendants de l'équilibre d'un monde chaotique où la loi du plus fort est toujours la meilleure et où la lutte des classes se retrouve à chaque coin de la planète, même dans une école catholique pour filles. Mais vraiment "tout au plus", en fronçant beaucoup les sourcils.