L'histoire commence lorsque Hiromichi Kojima, le batteur vedette de l'équipe des Lycaons, fait la rencontre de Toua Tokuchi lors d'une partie de "One Outs", un jeu d'argent basé sur le baseball, où juste un lanceur et un batteur s'affrontent en duel. Tokuchi, dans la position de lanceur, en est le champion incontesté avec ses quasi quatre cent victoires sur tout autant de parties. Kojima va réussir à "convaincre" Tokuchi de rejoindre les Lycaons, mais ce dernier va signer un contrat particulier (nommé le "One Outs", en souvenir du bon vieux temp) avec le propriétaire de l'équipe : à chaque fois qu'il réussira, en tant que lanceur, à sortir un joueur, il gagnera cinq millions de yens ; mais en contrepartie, chaque point marqué contre lui par l'adversaire coûtera cinquante millions de yens de sa poche. Contrat diabolique, mais il reste à savoir qui joue le rôle du Malin...

Car Toua Tokuchi n'a pas fondé son statut de lanceur imbattable sur du vide : en plus d'être bon dans les lancers de balle, il est également un génie de la manipulation, un devin hors pair quand il s'agit de la psychologie de ses adversaires, un parieur fou doublé d'un stratège surdoué et surtout, un tortionnaire de cerveaux, l'empereur de l'arrogance, le démiurge du mindfuck. On comprend assez vite que Tokuchi est invincible et que tous les plans de ses concurrents seront aussi vite retournés qu'une crêpe à la Chandeleur. Tout ceci accumulé fait que l'on ne peut s'identifier à ce "héros", sans pour autant que cela soit un défaut : on est en fait à la même place que les coéquipiers de Tokuchi, que ses rivaux, que les commentateurs, que les spectateurs dans le stade ; on assiste au show du héros. On ne sait quasiment jamais ce que pense Tokuchi (presque pas de monologues intérieurs) et aucune expression ne filtre de son visage, hormis le sourire démoniaque qui marque la fin pour ceux qui l'affrontent. Au contraire, on est constamment dans les esprits des personnes l'entourant, chacune cherchant à deviner ce qu'il peut bien être en train de penser et toutes se trouvant bernées au final.

C'est donc sur ce ressort que ne cesse d'avancer le scénario de One Outs : le suspense tourne toujours autour du héros qui dévoile à chaque épisode de nouveaux stratagèmes, de nouvelles façons de piéger ses adversaires. Tokuchi va principalement rencontrer trois équipes en tout, chacune durant trois matchs et chacune avec sa particularité : la première se base sur les performances techniques de ses batteurs, la seconde sur le talent tactique de son entraîneur et la troisième devrait se concentrer sur la tricherie (j'utilise le conditionnel car cette équipe n'a pas encore été introduite dans la série animée à l'heure actuelle). Et on devine, avec un plaisir presque sadique, que chacune d'entre elles va se faire humilier par Tokuchi. Pour apprécier cette série, il convient donc d'accepter les règles précitées et de ne pas chercher autre chose que de la réjouissance à voir tous les plans des concurrents, même les plus élaborés, s'écrouler comme un château de cartes sous le regard arrogant du héros : on est d'autant plus content que derrière chaque victoire de Tokuchi, il y a une défaite du vil propriétaire des Lycaons, qui voit le salaire du lanceur prodige prendre des proportions énormes malgré tous ses efforts. Et pour apprécier One Outs, il faut aussi supporter le baseball, je suppose. Bien que : à la vue des mécanismes du scénario, on imagine très bien que l'on pourrait les transposer sans problème dans d'autres univers, comme la belote, le water polo ou le majho... ah non, déjà fait ; bref, on s'aperçoit que le baseball est plus un outil pour le scénario que son sujet principal. Mais pour tout amateur de ce sport, c'est la cerise sur le gâteau, sans pour autant qu'il faille s'attendre à des situations réalistes : on est dans un dessin-animé, laissez-nous rêver avec des lancers de folie et des contournements de règles à s'arracher les cheveux.

Avec One Outs, le studio Madhouse continue sur sa lancée des adaptations de mangas devoreurs de cervelles, après Akagi et Kaiji. On reconnait sans peine leurs enchaînements de séquences toujours aussi bien maîtrisés, qui savent tourner en rond autour du pot, non pour lasser le spectateur mais pour mieux lui donner le vertige s'il accepte d'être crédule et de se laisser emporter dans ces histoires de mecs plus forts que tout. A force, ce studio commence à avoir un bon panel de plans pour exprimer le désespoir, le découragement, la peur, le stress provoqués par les situations dans lesquelles sont plongés les personnages ; des arrières-plans torturés pour représenter le trouble, des musiques qui font monter le suspense pour ensuite exprimer la panique ou la stupéfaction selon leur cadence : une formule bien connue par le biais des productions précédentes, mais qui fonctionne toujours aussi bien. On ne peut pas vraiment attaquer Madhouse au sujet de la réalisation technique de One Outs, c'est du travail de qualité sur toute la ligne, malgré la redite évidente. On ne se lasse pas de retrouver les mêmes ficelles toujours aussi bien agencées et manipulées avec grand soin. Et vous pouvez constater que l'on peut se répéter en gardant toujours une nuance d'originalité permettant de maintenir l'attention. CQFD.

Quinze épisodes de One Outs sont déjà parus, et les suivants ne vont donc probablement pas surprendre dans leur déroulement (je ne parierais pas 5 millions là-dessus, tout de même) ; mais il reste toujours la satisfaction d'observer ce monument inébranlable qu'est le génie de Tokuchi s'amuser des pièges tordus placés sur son chemin. A voir plus pour le mindfuck que pour la beauté du sport, surtout que le baseball, c'est moche à la base.